Les nouvelles agricultures urbaines, Congrès de Tours 2012

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CONGRES DU CTHS
Les nouvelles agricultures urbaines
Odile JACQUEMIN

 

Une invitation à changer de regard et considérer l’agriculture urbaine :
•    Non pas comme une anecdote, ni gadget social, les jardins partagés vecteurs de lien social,  ni comme mode verte, planter ses choux sur son balcon, ni récupération de « green economy»
… Mais comme une Révolution culturelle… et sociale
Quelques rappels historiques depuis la décentralisation :
L’aménagement du territoire  est  divisé en  trois piliers  
Infrastructure et urbanisme
Habitat logement
Et environnement et protection de la nature
Aucune place pour l’agriculture, seulement sous catégorie de la nature.

  • Dans les années 1980-90, on voit  émerger le thème de « nature en ville »  comme objet de recherche, de publications, mais très peu dans la pratique opérationnelle de la fabrique de la ville
  • Dans les années 2000, toujours pas de place à part à l’agriculture dans le trépied fondateur, elle reste traitée à part, hors la ville, comme au temps des remparts, sous catégorie de Nature et Environnement
    Mais …
    Quelques chiffres pour être pris au sérieux : En PACA, 60 %  de l’agriculture  est périurbaine
    L’ Agriculture périurbaine  émerge  dans la catégorie du périurbain
  • Fin des années 2000, les Grenelles …
    – De l’environnement
    – De la mer
    (On y parle même d’agricultures littorale et marine….. Chut)
    Des indices  du changement, depuis 
  • 2009 : à la mairie d’Hyères, le service Espaces verts devient  Espaces verts ET Agriculture ( sans S)

Dans le  PLU du Luc en Provence, on introduit le concept d’agriculture nourricière et des zones agricoles nourricières.
En région PACA, le service Foncier et l’ Établissement public foncier ont maintenant double compétence d’acquérir du foncier pour le logement ET pour l’agriculture.
À la Mairie de Mouans-Sartoux (06), on crée une régie municipale d’agriculture, donc un nouveau métier d’agriculteur municipal, emploi dédié à nourrir  en bio les cantines  puis l’ensemble de la restauration collective.  
Des communes comme Ramatuelle  ( Var)  révisent leur PLU pour remettre  plusieurs centaines d’ hectares  autrefois  constructibles en espace agricole.
Autre  indice du changement : La recomposition des alliances. France Nature Environnement fêtait en mars 2011 ses  50 ans  et  avait choisi  pour thème L’agriculture  au service  de l’environnement

L’inversion

À la  progression linéaire de la ville qui historiquement  se bâtit  dans  son jardin, opposer  de la Reconquête  de jardins. Ce qui implique  par exemple  d’inverser le regard  sur  le principe de densification urbaine  voulu par la loi SRU; d’en montrer les dommages collatéraux  et son inadaptation à certains  types de villes : En Provence, la ville est bâtie dans des jardins.
L’application aveugle du principe de densification  tue l’identité patrimoniale d’un tissu et paysage  urbain singulier, fait de vides et de pleins.
Inverser le regard sur les dents creuses d’un parcellaire signifie les regarder comme des  jardins potentiels et non plus comme des terres à bâtir.

L’inversion encore
La ville reposant  sur son trépied désormais à quatre pieds
•    L’habitat
•    Les transports et autres infrastructures
•    L’environnement
•    L’agriculture
•    Et l’emploi
L’agriculture urbaine comme reconquête des emplois.

Quelques chiffres pour être pris au sérieux :
•    Les statistiques AGRESTRE de 2011 donnent  le recul du nombre de paysans :
Evolution du nombre d’exploitations dans le Var
1970  :               19 069
2007 :                 5 232
Inverser les tendances : opposer au poncif « un département de France s’artificialise tous les 7 ans » la tendance  de « reconquérir un emploi par commune et par an » ou le slogan de remettre un m 2 en culture pour chaque m 2 de logement construit.
Et 7 m 2 de jardins en carres suffisent à  nourrir une personne.
Reconquête d’un emploi d’agriculteur municipal par commune et par an
Donne, dans dix ans :
                 36 000 X 10 = 360 000 emplois
•    Pour mémoire, une commune comme Hyères a 400 employés communaux, un Conseil Général ou un Conseil Régional plusieurs milliers.
Le changement de point de vue
•    Si l’instrument de mesure change, le résultat  change
•    À nouveau paradigme, nouveaux calculs
•    Dans le SCOT de TOULON Provence Méditerranée, 1000 hectares de terres agricoles sont destinés à changer d’affectation et à être rendus urbanisables.
•    Cette mesure prend pour unité minimale le demi- hectare. En dessous  de 5000 m 2, les terres ne sont même pas vues comme potentiellement cultivables, alors qu’un jeune agriculteur aujourd’hui  cherche parfois  la surface de son exploitation 1000 m 2 par 1000 m 2.

•    Un nouvel outil de composition urbaine pour faire la ville (durable) de demain  AVEC  l’agriculture urbaine :
•     L’ inventaire à la parcelle et à l’individu
•    Non pas des inventaires de patrimoine, mais des inventaires de projets  des inventaires de  transmissions
Autre piste :
•    Ne plus opposer agriculture et habitat mais :  viser l’Alliance en mettant 2 “s” à agriculture(s) urbaine(s)
•    Celle, créatrice d’emplois d’agriculteurs et de services y compris écologiques
•    Celle des nouvelles pratiques urbaines  de l’agriculture  par les urbains
Le modèle du cabanon et du bout de jardin, où pécher la sardine et cultiver la tomate ne se rangent ni dans la catégorie du  travail, ni dans celle  du loisir mais où l’art de vivre associe  labeur et plaisir
•    Réintroduire le jardin vivrier  comme  nouvelle figure  de progrès social, dans la norme du logement social du XXIe siècle : pièce à vivre
•    Dans la genèse des étapes  du progrès  social, le garde manger, la lumière, la double orientation et la circulation de l’air, la salle de bain et le WC séparé et AERE, le balcon , le garage, et pourquoi pas aujourd’hui                                  le jardin nourricier

Prendre une troisième voie, inventer de nouvelles postures pour faire demain une ville durable  et réversible
Autre exemple de recomposition  des Alliances :
Le monde associatif opposé aux élus locaux ?
NON
Des nouveaux partenariats public / privé (un privé singulier, celui des citoyens)  pour acheter des terres agricoles en ville, quand  elles sont trop chères : l’exemple de Terre de Liens à Aubagne