Pour accompagner la conférence du 27 aout des jeudi du liège de Foret Modèle de Provence donnée par Odile Jacquemin et Jean Louis Pacitto, à la villa Noailles à Hyères, Francis José Maria, ancien directeur du syndicat Intercommunal des Eaux de la Corniche des Maures, qui a connu toute l’histoire du barrage de la Verne depuis son origine et qui fut le fondateur de l’association « L eau partagée » nous communique cet intéressant article, accompagné de l’historique du barrage de la Verne et de sa vision d’une ressource pour lutter contre les incendies. Pendant 30 ans, MALTAE fut proche de l’Eau partagée avec qui elle partageait sujet, thématique, éthique une même vision du partage et de la solidarité.

INCENDIES ET CHANGEMENT CLIMATIQUE Des questions de moyens, certes, mais de prévention, de coopération et d’éducation aussi
Francis JOSE-MARIA
Directeur du Syndicat Intercommunal des Eaux de la Corniche des Maures (1985-2013) Animateur du mouvement d’éducation et de coopération « L’Eau Partagée »

Par leur intensité, les feux qui viennent d’embraser les forêts en France, en Europe et dans le monde nous renvoient en boomerang la dure réalité d’un dérèglement climatique que nous avons-nousmêmes enfanté. La chaleur et la sécheresse extrêmes qui en résultent – on les dits exceptionnelles, elles pourraient être la norme dans les années qui viennent – sont les détonateurs que la moindre étincelle suffit à déclencher, accidentellement ou volontairement, pour faire exploser des incendies hors normes.
En France, il a fallu mobiliser des moyens humains et matériels considérables pour lutter contre ces méga-feux qui se sont propagés sur plusieurs fronts à la fois : forêts de Fontainebleau, de la Gironde, des Landes et du Var. Sans compter les nombreux autres départs de feux qui ont été éteints grâce aux interventions rapides des pompiers.
Comme d’habitude, les soldats du feu, professionnels ou volontaires, ont fait preuve d’un courage admirable, mettant en danger leur santé et leur vie pour sauver celle des autres, protéger les biens des personnes, sauvegarder la forêt et sa faune. Malheureusement, six d’entre eux ont déjà péri en 2026.
Ces incendies ont également montré que la solidarité internationale était bien réelle et précieuse. Plusieurs pays ont envoyé leurs hommes, leurs camions et leurs moyens aériens pour venir en aide aux pompiers français.
Solidaire, la population des territoires impactés par les feux l’a également été. Les agriculteurs ont mobilisé leurs citernes pour approvisionner en eau les camions des pompiers et lutter à leurs côtés. Les habitants leur ont préparé et servi des repas. Ceux qui ont été épargnés ont spontanément apporté leur aide aux personnes sinistrées, notamment celles obligées de venir s’abriter dans les bâtiments mis à disposition par les communes. Plus de 200 000 personnes ont été évacuées ! Il s’agit sans doute des premiers déplacés climatiques à l’intérieur de nos frontières.
Une nécessaire réévaluation des moyens
Malgré l’ampleur des moyens de lutte déployés, malgré le courage des pompiers et tous les actes forts de solidarité, les incendies de 2026 ont été longs et difficiles à contenir. Dans une végétation totalement desséchée, les feux ont véritablement explosé, produisant une chaleur si intense qu’ils ont formé leurs propres nuages, appelés pyrocumulus. Ils ont généré leurs propres vents erratiques difficiles à anticiper et à combattre. Ils se sont également propagés par les racines dans les sols déshydratés, créant des foyers souterrains incandescents prêts à redémarrer au premier retour de vent. Même après avoir réussi à stabiliser la progression des flammes, les pompiers ont été obligés de continuer à arroser abondamment les zones brûlées pendant plusieurs jours pour « noyer l’incendie » et éviter les reprises. Ainsi, il aura fallu pas moins de 18 jours pour enfin fixer les feux de la région de Cotignac, dans le Var. En Gironde on continue d’arroser les sous-sols encore incandescents plus d’un mois après le début de l’incendie.
La violence des incendies 2026 montre que les moyens de lutte atteignent leurs limites. En témoigne l’épuisement extrême des pompiers qui manifestent à juste titre leur mécontentement.
Cela pose clairement la question de la réévaluation des moyens humains et matériels pour les rendre aptes à affronter efficacement des feux qui seront de plus en plus importants et de plus en plus fréquents sous l’effet du réchauffement climatique.
Une réévaluation à engager à l’échelle de notre pays, bien sûr, mais également au niveau européen afin de renforcer les moyens, approfondir leur coordination et la coopération entre états de manière à pouvoir affronter la multiplication prévisible des incendies aux quatre coins de notre continent. Et pas seulement sur le pourtour méditerranéen.
Innover aussi, comme ont su le faire les australiens avec leur hélicoptère militaire transformé en aspirateur-bombardier d’eau capable de s’approvisionner dans des réserves proches des incendies et de larguer de volumes deux fois supérieurs à ceux des canadairs. Comme l’a fait le groupe Airbus en mettant au point un système permettant de transformer un avion de transport militaire A400M en un puissant bombardier d’eau déployé pour la première fois fin juillet 2026 sur les feux de forêt en Gironde. Une start-up française Hynaero développe aussi en collaboration avec Airbus un autre projet de bombardier d’eau amphibie prévu pour la prochaine décennie.
Parallèlement à cette nécessaire mise à niveau des moyens, il est tout aussi urgent de renouer avec une culture de la prévention des risques et un aménagement des territoires anticipant leur aggravation Passer d’une culture de la réaction aux catastrophes à celle d’une véritable prévention des risques
Certes, des plans de prévention et de sauvegarde existent sur les différents territoires pour concevoir un aménagement et des moyens de secours adaptés aux aléas auxquels ils sont exposés. Mais l’aggravation des risques liés au dérèglement du climat viennent bousculer les prévisions de ces plans basées sur des séries statistiques passées, parfois anciennes.
Pour illustrer ce retard des prévisions face à l’accentuation des risques, voici l’exemple d’un permis de construire délivré en 2021 dans une zone inondable de la ville de Cogolin (Var). Le terrain concerné par le projet de construction était classé à un niveau de risque modéré par le Plan de Prévention du Risque d’Inondation (PPRI) de la commune, approuvé en 2005 sur la base de données remontant au siècle dernier. Livrés en 2023, les immeubles de 63 appartements ont essuyé pas moins de cinq inondations entre 2024 et 2025. Et pourtant chacune d’elles était loin du niveau de la crue centennale !
Ce détour par les inondations, plus fréquentes et plus violentes elles aussi en raison du changement climatique, vaut pour les incendies. Ils sont et seront plus intenses, plus fréquents. Les données des mégafeux de 2026 devront ’alimenter des modèles capables d’anticiper l’aggravation de l’aléa incendie. Cela permettra de définir et programmer les moyens de lutte adaptés.
L’élévation prévisible du risque incendie conduira aussi à redimensionner les Plans Intercommunaux de Débroussaillement et d’Aménagement Forestier (PIDAF) qui ont été mis en place sur de nombreux territoires. Un des tous premiers plans de ce type a été mis œuvre au milieu des années 1980 dans le massif des Maure (Var). Il faisait suite a une étude réalisée par l’Association pour le Développement Economique et Rural du Pays des Maures (1) destinée à évaluer les possibilités de relance des activités forestières. Le constat était clair : morcelée entre de nombreuses propriétés privées, la forêt des Maures était abandonnée à la broussaille, principale cause de départ et de propagation des feux. L’idée était tout aussi claire : le meilleur moyen d’inciter les propriétaires à entretenir leur forêt était de lui redonner un intérêt économique en y réintroduisant des activités sylvicoles en déclin ou abandonnées : Le levage du liège, les récoltes de souches de bruyère et de châtaignes, la production de bois et d’énergie, le sylvopastoralisme, la vigne et les activités agricoles.

(1) L’Association pour le Développement Economique et Rural du Pays des Maures est la structure intercommunale qui a préfiguré et donné naissance au SIVOM du Pays des Maures
Ce plan a quadrillé le massif forestier d’un vaste réseau de zones débroussaillées, pistes d’accès, réserves d’eau… afin de stopper la progression des feux, naturellement et par l’intervention des pompiers.
Il a été mis à jour au fil des ans, ses ouvrages ont été régulièrement entretenus, ce qui a permis de venir à bout des incendies les plus importants, dont le dernier a parcouru 6 800 hectares en 2021. Mais là encore, par leur intensité et leur persistance, les mégafeux de 2026 viennent bousculer les données du passé. Il conviendra d’en tirer tous les enseignements pour adapter ce PIDAF et les autres aux nouvelles conditions de températures et de sécheresse extrêmes.
Concernant la relance des activités forestières, le PIDAF des Maures a engagé différents projets : transhumance de troupeaux des Alpes pour entretenir les sous-bois, amorce d’une filière bois énergie autour d’un centre de production de plaquettes, utilisation du liège broyé pour le paillage des sols. Mais ces efforts louables sont restés localisés, expérimentaux, et n’ont pas entrainé une reprise des activités à la hauteur des enjeux d’entretien de la forêt. Faut-il pour autant abandonner l’idée de sa valorisation économique pour la protéger ? La question reste d’actualité et les solutions envisagées ne devraient plus reposer sur le seul critère de la rentabilité immédiate. Il faudra prendre en compte une notion nouvelle, celle du profit à long terme que produit la forêt, en stockant le dioxyde de carbone, en produisant de l’oxygène, en abritant la biodiversité, en nous offrant de grands espaces de loisirs. Investir dans des activités économiques qui permettront de pérenniser tous ces fonctions générera des bénéfices sur le long terme. Ne pas investir dans la protection de la forêt entraînerait sa disparition avec pour conséquences des pertes environnementales et financières désastreuses. En témoignent les milliards d’euros de dégâts provoqués par la canicule et les incendies de 2026.
Les moyens de prévention que nous venons de présenter sont nécessaires, mais ils ne seront pas suffisants pour affronter les chocs de plus en plus violents produits par le dérèglement climatique : des températures plus élevées et des sécheresses plus longues à l’origine de feux plus importants, des manques d’eau, des épisodes pluvieux brutaux accompagnés de crues soudaines.
La crise climatique nous invite donc à poser un regard nouveau sur nos territoires et leur aménagement.
Chaque territoire est un système complexe où se tissent des interactions fructueuses entre les éléments qui le composent
Notre (dé)formation cartésienne nous a conduit à découper le réel en morceaux pour chercher à le comprendre et l’expliquer. Ainsi avons-nous divisé la science en champs disciplinaires certes pertinents, mais trop souvent cloisonnés entre eux. Le regard que nous portons sur nos territoires suit la même logique. Il dissocie les éléments -minéraux, végétaux, animaux – pour les analyser à travers différentes spécialités – la géologie, l’agronomie, la chimie, la biologie – qui ne communiquent pas toujours entre elles.
Pourtant, cette approche morcelée ne correspond pas à la réalité du terrain. Le fonctionnement de chaque territoire repose sur des échanges réciproques bénéfiques entre les éléments qui les composent : interactions entre l’eau, les sols, les nutriments, les racines des arbres, photosynthèse, chaîne alimentaire… sont quelques-unes des illustrations d’une organisation qui repose sur la solidarité, même si la compétition entre les êtres vivants subsiste. Oui, l’eau, les minéraux, les végétaux et les animaux vivent en étroite symbiose, ils ont besoin les uns des autres et coopèrent pour assurer leur subsistance. Nous partageons le territoire où nous habitons avec ces éléments. A ce titre, il est de notre intérêt de participer activement à ce mouvement général de coopération. Notre propre survie est étroitement liée à celle de l’écosystème dans lequel nous évoluons.
Nous ne pouvons plus nous comporter comme des êtres supérieurs qui observent le monde réel de l’extérieur et y prélèvent ses richesses à leur guise. Car le modèle d’une croissance infinie n’a pas d’avenir dans un monde dont les ressources sont finies et se raréfient avec le dérèglement climatique. Oui, nous devons coopérer avec notre environnement pour nous en sortir.
Mais comment faire pour mieux appréhender cette réalité complexe du monde ? Dans ses ouvrages sur la méthode, le sociologue Edgar Morin nous invite à développer un outil de pensée complexe, au sens de ce qui est tissé ensemble.
Mais déclarer la coopération et la complexité ne suffit pas à les rendre effectives. Cette nouvelle approche du réel doit trouver sa déclinaison dans des politiques prenant en compte les nombreuses interactions qui relient les éléments entre eux et avec nous autres humains.
Un exemple de mise en œuvre concrète de cette approche systémique dans une projet d’aménagement du territoire nous est donné par l’opération innovante conduite en 2007 par le Syndicat Intercommunal de Distribution d’Eau de la Corniche des Maures (SIDECM) (2). En 1991, dans le cadre de sa stratégie de diversification des ressources, il a réalisé un barrage sur le cours d’eau de la Verne, au cœur des petites montagnes des Maures. A la suite des incendies qui les ont dévastées en 2003, les responsables du syndicat des eaux se sont inquiétés des conséquences que pourrait avoir la destruction par le feu de la forêt qui couvre le bassin versant de la retenue d’eau de la Verne. Une étude scientifique lui a démontré qu’elles seraient désastreuses : augmentation du ruissellement et des débits de crue, érosion des versants, accélération de la sédimentation du lac, altération de la qualité de l’eau, Oui, un incendie, même partiel, pouvait remettre en cause l’exploitabilité de la réserve en eau.
Très rapidement, le SIDECM a pris la décision de participer aux études et travaux nécessaires à la défense du bassin versant de la Verne. En concertation avec les responsables du PIDAF et les spécialistes des incendies, un programme de création de nouvelles zones d’appui, de pares-feux et de pistes d’accès a été défini, réalisé et financé par le SIDECM qui subventionne aussi l’entretien régulier de ces ouvrages. Ces nouveaux équipements ont prouvé leur efficacité lors du grand feu de 2021 qui s’est arrêté en amont des sommets du bassin versant du lac de la Verne. Au-delà de ce résultat, cette expérience de coopération entre gestionnaires de l’eau et de la forêt fait parfaitement écho aux services mutuels que se rendent ces deux éléments de notre environnement. Avec la complicité du sol, la forêt a besoin d’eau pour se nourrir. En retour, l’eau a besoin de la forêt pour la protéger et préserver sa qualité. Autant de bénéfices qui nous reviennent en boucle en nous permettant de disposer d’une eau de qualité pour notre alimentation, de respirer l’oxygène produit par les arbres, de jouir de la biodiversité et des plaisirs offerts par ces deux milieux. La prise en compte de cette réalité systémique est une des clés de la gestion durable des ressources.
Cette expérience inédite a été reconnue par l’Organisation des Nations Unies et de la FAO dans un rapport de 2011 sur la défense incendie. Elle ouvre la voie à des coopérations encore plus larges entre les différents acteurs des territoires pour mettre en œuvre des politiques d’aménagement et prévention adaptés à des risques qui vont aller grandissants.
Coopération, éducation et participation des habitants
Car cette nouvelle approche des territoires et les choix qui en découleront n’auront aucune chance de succès sans la participation active de leurs habitants. On l’a bien mesuré à l’occasion des récents incendies, les travaux de débroussaillement réalisés par les différents propriétaires, privés ou publics, jouent un rôle décisif dans la manière dont le feu progresse et impacte les habitations. Les Obligations Légales de Débroussaillement (OLD) sont censées imposer ces travaux sous peine d’amendes. Malgré cela, les surfaces débroussaillées restent insuffisantes notamment dans les parties les moins accessibles de la forêt. Comme nous l’avons vu précédemment, lui redonner un intérêt économique est une piste intéressante mais difficile à développer.
(2) Etablissement chargé de l’alimentation en eau potable des communes de la Corniche des Maures
Dès lors, comment susciter chez les propriétaires forestiers un intérêt suffisant pour les inciter à réaliser les travaux de débroussaillement de manière volontaire ? Comment leur faire mesurer l’importance de leur geste non seulement pour préserver leurs biens, mais aussi la qualité de l’air qu’ils respirent et de l’eau qu’ils boivent, la biodiversité nécessaire à leur alimentation ? Bref tout ce qui rend leur existence viable sur cette Terre. Plus largement, comment faire prendre conscience aux habitants et aux acteurs des territoires que leur bien-être, voire leur être, est intimement lié au bien-être des autres habitants : la forêt, l’air, l’eau, les animaux. Que « Prendre soin du Monde que nous habitons » (3), c’est prendre soin de nous-mêmes.
Notre perception du réel est construite à partir de nos représentations mentales. Le levier le plus puissant pour les transformer et les faire évoluer vers cette compréhension de la complexité, c’est l’éducation. Une éducation où l’école joue un rôle central, mais où elle coopère avec d’autres acteurs – collectivités, gestionnaires et spécialistes des différents milieux, associations, entreprises… – afin de proposer aux participants des activités capables de rendre compte des multiples interrelations qui se tissent entre et avec les éléments qui composent leur espace de vie.
Une utopie direz-vous ! Une « utopie réaliste », disait l’agro-écologue Pierre Rabhi. Car oui, une telle expérience d’éducation et de coopération a bel et bien existé et a prospéré pendant vingt ans sur le versant littoral du massif des Maures. Répondant au nom évocateur de « l’Eau Partagée » (4), elle est née au début des années 1990 en même temps que le barrage de la Verne, on peut même dire dans son eau. Car ce barrage, la population locale n’en voulait pas, traumatisée par la rupture du barrage de Malpasset qui, à une quarantaine kilomètres de là, avait provoqué la mort de 500 personnes en 1959.
Le Syndicat Intercommunal de Distribution d’Eau de la Corniche des Maures s’est alors engagé dans une démarche de concertation ouverte et transparente avec la population. Pendant deux ans, tous les acteurs du projet – élus, techniciens, administrations – ont participé à des réunions publiques au cours desquelles les débats étaient d’une totale franchise, notamment sur les questions de sécurité. Des expositions ont été organisées, des films réalisés, des interventions en milieu scolaire initiées… Tous ces efforts pédagogiques ont été récompensés puisqu’en décembre 1987, 67 % des habitants du village situé à l’aval ont dit oui à la construction du barrage par voie de référendum. Ainsi, la démarche engagée a permis de transformer la représentation dominante d’un « barrage cause de mort » en celle d’un « barrage source de vie ».
Forts de cette expérience de concertation réussie, les différents acteurs de la réalisation du barrage – syndicat des eaux, ingénieurs, géologues, biologistes, forestiers… – ont décidé de s’engager avec détermination dans la belle aventure de l’Eau Partagée.
Les activités proposées se déroulent en totale immersion dans les réalités vivantes du territoire. Elles partent des sources et du monde minéral qui les abrite, elles suivent les cheminements superficiels et souterrains de l’eau jusqu’à la mer, elles explorent ses relations intimes avec la forêt, elles observent la biodiversité qui l’habite et des milieux qui l’entourent (rivière, lac, mer), elles mettent en lumière leurs fragilités aux pollutions et expérimentent les techniques qui permettent rendre l’eau potable…

(3) Voir l’ouvrage « Prenons soin du Monde que nos habitons » co-écrit par Catherine Meyor, René Jam et Francis José-Maria

(4) Voir l’ouvrage labellisé par l’UNESCO : « L’eau partagée : une démarche ouverte d’éducation à l’environnement pour un développement durable » – Rene JAM et Francis JOSE-MARIA http://eaupartagee.i-mag-ine.com et https://www.unesco.org/archives/multimedia/document-376

Pour permettre aux participants de bien s’approprier la réalité complexe du territoire, et donc de développer chez eux l’outil de pensée systémique qui convient, les sorties de terrain se déclinent suivant les thèmes « l’eau et les minéraux », « l’eau et les végétaux », « l’eau et les animaux », « l’eau et les hommes », « l’eau et la mer » et « l’eau sur la planète ».(Voir en annexe le schéma de déroulement des journées).
Cette approche holistique est permise par la mise en œuvre d’un large partenariat interinstitutionnel – Education Nationale, collectivités, associations, région, agence de l’eau, Unesco – et interdisciplinaire – pédagogues, enseignants, géologues, biologistes, professionnels de l’eau et de l’environnement.
L’originalité de cette autre éducation repose aussi sur une méthode participative, « La démarche chemin), qui ne propose pas un programme mais un chemin au cours duquel on pourra mettre à l’épreuve certaines stratégies qui se révèleront fructueuses ou non pendant le chemin dialogique » (5). Ainsi les participants sont confrontés à des situations problèmes au cours desquelles ils vont élaborer des réponses par le tâtonnement expérimental, le retour réflexif sur leurs actions, l’essai de nouvelles réponses dans un processus où l’erreur a un statut résolument positif.
Les expériences proposées privilégient une approche sensible du réel qui creuse le désir de comprendre et l’approfondissement intellectuel qu’il nécessite. Une approche qui mobilise l’ensemble des aptitudes des participants, Corporelles, Rationnelles, Imaginaires (CRI). Une approche enfin qui laisse s’exprimer librement les représentations mentales de chacun.
Après avoir fait l’apprentissage des solidarités locales qui sont en œuvre sur leur territoire, ils sont invités à participer aux échanges de coopération que le SIDECM entretien avec la commune de Markoye au Burkina Faso. Ils soutiennent les projets de développement conduits par les villageois sahélien en utilisant la même « démarche chemin » participative. Dans un double mouvement d’ancrage local et d’ouverture au monde, ils découvrent la réalité fragile de la vie quotidienne des villageois sahéliens, menacée par le manque d’eau et l’avancée du désert. Cette pédagogie de la rupture leur permet de se réapproprier la valeur vitale de l’eau, et de son environnement, d’en tirer des enseignements pour leurs propres usages des ressources naturelles, plus respectueux, plus solidaires et plus économes.
Si je conjugue au présent cette expérience passée, (6) c’est parce que je reste convaincu qu’elle a un futur. Seule une véritable éducation aux territoires, adaptée aux réalités de chacun d’entre eux, permettra à leurs habitants de participer activement aux efforts à engager pour s’adapter aux conséquences du dérèglement climatique, tant au niveau de la prévention, que de la lutte et des choix d’aménagement. Cette autre éducation est aussi un investissement dans l’intelligence pour s’attaquer aux causes profondes de ce dérèglement, à savoir nos comportements humains prédateurs de ressources, émetteurs des pollutions et producteurs d’inégalités sociales.

(5) Edgar Morin : « La Méthode ».

(6) En vingt années d’existence, plus de 20 000 élèves et leurs enseignants enthousiastes ont participé aux activités de l’Eau Partagée.. Elles ont été activement soutenues par trois inspecteurs de l’Education Nationale successifs. Jusqu’à ce qu’arrive sur notre territoire un obscur Inspecteur de Circonscription qui a décidé de les stopper brutalement en affirmant qu’il n’y avait pas besoin de sortir de l’école pour découvrir les propriétés de l’eau

https://drive.google.com/file/d/1iZOhOKMh_eAKa0NI4ByAWch7trVjom-v/view?usp=drive_link